François Hollande et la question de l’orthographe
14 mai 2012En Europe, le président Hollande est interpelé*
Le nouveau président de France est interpelé sur la question orthographique (« Libérez l’orthographe, Monsieur Hollande! ») dans un très bon texte signé Anna Lietti.
Le ministère de l’Éducation nationale vient d’émettre une circulaire sur l’enseignement de l’orthographe – qui rappelle que les Rectifications restent une référence et qu’aucune des deux graphies (ancienne ou nouvelle) ne peut être tenue pour fautive – et la journaliste Anna Lietti lui demande de procéder rapidement à une simplification encore plus libératrice.
Nous reproduisons ci-dessous pour vous des extraits de ce texte, tiré de Courrier international :
[Je] veux vous suggérer le moyen le plus économique d’entrer dans l’histoire tout en améliorant durablement la vie de vos concitoyens. Cela vaut quelques secondes d’attention.
Il s’agit d’orthographe. Trois jours avant le second tour de l’élection présidentielle […], le ministère de l’Éducation nationale français divulguait un rapport inédit sur la question. Il documentait une vertigineuse perte de compétence des élèves. Grosso modo, ces derniers ont régressé de deux niveaux en vingt ans et trainent un « boulet orthographique » souvent destiné à rester un handicap à vie.
Les causes du déclin sont connues : d’abord, un enseignement « implicite », qui met la lecture au centre de son dispositif, un peu comme s’il suffisait d’écouter de la musique pour savoir jouer du violon […]
Mais il n’y a pas que les méthodes. Il y a aussi que les élèves d’hier consacraient à la dictée le meilleur de leur temps, tenus à la baguette par des instituteurs choisis en fonction de leur rectitude orthographique. En 2012, les mômes apprennent l’anglais, font de la biologie, de la musique, réfléchissent à leur rôle de citoyens. Et les profs sont recrutés dans l’idée qu’il y a des choses au moins aussi importantes à transmettre que la maitrise du circonflexe.
À partir de ce constat qui ne fait que valider le nez au milieu de la figure du bon sens, le rapport ministériel propose, triomphalement, la solution : il demande aux enseignants de dispenser, tous les jours, des leçons « explicites » d’orthographe […] Mais problème : que va-t-on lui sacrifier? Le sport, la musique, toutes ces choses bêtement (ré)créatives ? […] Hélas, sur les choix à faire, les experts n’ont plus rien à dire. Il faut seulement faire plus dans le même temps.
Vous me voyez venir, cher François Hollande. La seule manière courageuse d’empoigner le problème est de répondre à cette question : y a-t-il oui ou non, des choses plus importantes à transmettre que l’orthographe ? Si oui, l’esprit de justice commande que cette dernière ne puisse plus servir d’instrument de ségrégation sociale.
Libérez l’orthographe, Monsieur Hollande ! La graphie française est, au monde, l’une des plus difficiles et des plus chronophages pour l’école. Elle est, comme un vieux château, pleine de charmes, certes, mais elle coute les yeux de la tête à l’entretien.
Libérez-la ! Voilà qui serait profondément de gauche, et profondément moderne. Promouvez une vraie réforme, pas la timide retouche des traits d’union à laquelle ont abouti les dernières négociations. Ou, mieux encore, pour répondre à ceux qui vous accuseraient de brader le glorieux héritage des ancêtres : renouez avec la marge de liberté en vigueur du temps de Molière.
Face à la postérité, je peux vous garantir que vous ferez un carton. Vous, président de la République, on vous retrouvera, comme Charlemagne, dans les chansons !